photo d'Alexandra
Déconnectée.
Mais je vous regarde du haut de ma prison dorée. Pire que ça, je vous vois. Je vous vois partout sans même le vouloir. Mais vous n'existez pas. Vous n'existez plus. J'ai bien fini par comprendre, les gens grandissent et ils changent. Je l'ai compris mais je ne suis pas certaine de l'avoir pleinement accepté. Même après douze mois tout autour de moi a encore l'allure d'un champ de bataille. Les rues que l'on partage restent minées, alors le sol continue de s'embraser sous mes pas. Je saigne encore. Même après douze mois. Mais j'ai fini par devenir aphone et j'ai délibérément insonorisé mes murs. Au diable le signal d'alarme, je sais bien que je suis en guerre avec moi même. J'ai coupé le contact. Extinction des feux. Bienvenue dans les confortables abysses de l'engourdissement, j'espère que vous y passerez un agréable séjour, vos chances de remonter à la surface sont extrêmement minces. C'est mieux comme ça. Ça ne m'intéresse plus d'être mature et civilisée, moi j'essaye juste de survivre. J'essaye de survivre face à ces éternels non-dits, face à vos silhouettes, face à mes punitions. Je ne suis plus disponible émotionnellement, mais je suis en vie. C'est brutal. Mais vous savez bien que rien n'est gratuit, tout a un prix lorsque nous décidons de nous protéger. Et malheureusement refuser de continuer à s'étouffer dans ses sanglots coûte extraordinairement cher.
Alors nous en sommes là. J'en suis là. C'est difficile de parler d'un pluriel qui n'existe plus. Comment parler d'un ‘nous’ à la première personne du singulier? C’est absurde! Et pourtant il le faut. On se persuade que l'on essaye tant bien que mal de recoller les morceaux quand en réalité nous ne produisons que des excuses toutes faites car nous sommes bel et bien coincés dans la spirale infernale de l'autodestruction. On se déguise pour le public, on se déguise pour se convaincre que la vie continue. Mais on fini par saboter nos propres tentatives de guérison. C'est tout ce que l'on récolte lorsque l'on se déconnecte de la réalité, une tonne de bleus et une peur maladive des responsabilités. Crise de nerfs sur crise de nerfs car on a seulement appris à fuir face à la peur. Seulement là, nous ne pouvons pas lever le camp. Nulle part où aller. Personne qui nous attend. Alors on ne bouge plus, prétrifiés, pris au piège. Et on suffoque.





1 commentaires:
Joli texte, jolie photo :) Prise par Alexandra, une petite française aussi.
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